SHOWCASE D'OLIVIA RUIZ (suite)
L'artiste prend congé dans l'arrière salle pour se changer et boire un coup, la seconde partie du showcase va commencer, à savoir, la rencontre avec les fans. C'est là que la différence se fait entre les simples péquenauds de passage qui s'en vont déjà, et les vrais fans, qui, eux, restent. Quitte à avoir fait le déplacement, autant rester jusqu'au bout hein. Je me mets donc sur le côté, prenant place dans la file d'attente qui se forme immédiatement.
À côté de moi, j'aperçois une fan qui écrivait tout un tas de trucs sur un bloc sténo. Discrètement, je passe la tête par dessus son épaule, et découvre qu'elle était en train de tout écrire. Mais vraiment tout, la setlist, les réactions du public, les interventions d'Olivia Ruiz entre chaque chansons... Intéréssé, je lui demande "Excusez-moi, je vois que vous notez plein de trucs, là. Vous pourriez me rappeler la setlist, que la note sur un papier ?" - "Comment ?" me répond-elle. J'ai horreur d'avoir à répéter ce que je dis. "La setlist. La liste des chansons qu'elle a chanté quoi. J'étais absorbé par ce qui se passait, j'ai complètement oublié de la prendre en note" - "Ah ! Euh, oui, pas de problème... Donc elle a commencé par, euh,
Don Quichotte[...]" ... Non mais "
Don Quichotte" quoi. Je retiens un rictus avec peine, et prends en note la suite de la setlist, sans oublier de remercier mon interlocutrice, laquelle s'enfuit aussitôt à quelques de mètres de moi.
Le temps commence à se faire long en attendant le retour de l'artiste. J'en profite pour jeter un oeil autour de moi, pour voir à quoi ressemble le public d'Olivia Ruiz. A ma grande satisfaction, les gamines staraco-fanatiques ont laché l'affaire, et je constate que nous sommes en présence d'une majorité de garçons, la plupart se situant dans une tranche d'age de 18-30 ans. Quelques rares soixantenaires sont également présent, ce qui ne manque pas de m'étonner.
Quelques minutes plus tard, Olivia Ruiz revient. Le brouhaha d'impatience qui régnait jusqu'alors laisse place à un silence admiratif. Impressionnant. Chacun se munit alors de son objet à dédicasser, allant du simble CD, au poster géant. Certains ont même l'intention de faire dédicasser leurs chaussures ! Et c'est parti, les premiers fans, fébriles, s'avancent avec émotion vers la table de dédicasses et tendent de leurs mains tremblantes le disque qui recevra la dédicasse tant attendue. Ces instants aux airs de cérémonial se débrident rapidement alors qu'on découvre une toute autre Olivia Ruiz. Sur scène, l'artiste se montre parfois froide et distante. Là, c'est totalement différent. D'une disponibilité exemplaire, elle n'hésite pas à prendre quelques minutes pour discuter avec son public, toujours souriante et sympathique.

À mesure que mon tour se rapproche, je sens le stress monter chez mes compagnons d'infortune. "Putain, mais qu'est-ce que je vais lui dire ?" *rires nerveux* - "Bah je sais pas moi, tu lui dis, euh... que c'est un album plein de rencontres ?" - "Meuh non, c'est nul, elle va me prendre pour un blaireau." - "Bah écoute vas-y, trouve autre chose... après tout c'est toi le fan." - "Et au fait, on y va ensemble où chacun son tour ?" - "Bah, chacun son tour, attends, je partage pas moi." - "Ahaha, connard. Ou sinon, on y va ensemble, et on se fait prendre en photo en train de lui faire chacun une bise sur chaque joue en même temps" - "Ouai, euh, on lui demande avant peut-être... c'est pas un sextoy non plus." Je souris. Le stress est source de beaucoup de divagations.
19h15 : Ca y est, mon tour arrive enfin. Elle me regarde en souriant. Bon sang, je me moquais des deux zouaves juste avant, et je m'aperçois que je suis exactement dans la même situation. Vite, il faut que je trouve un truc pertinent à dire... "Bonjour !" Rah putain, c'est nul ça, faut que je trouve quelque chose de mieux... "Bonjour !" Me répond-elle. Bon, c'était pas terrible, mais efficace apparemment. Mince, mon disque, il est où ? J'ai oublié de le sortir. Dans quelle poche l'ai-je mis bon sang ! Après inspection de l'intégralité de mon blouson, je le retrouve enfin... dans mon sac. J'ose même pas regarder sa réaction. Je suis sur qu'elle s'impatiente. Je pose le disque sur la table. Elle le prend, et dit : "Vous vous appelez comment ?" "Euh, Pierre-Yves." Allez, me dis-je, il faut trouver un truc à dire... Je passe pour quoi là... "Bon, j'imagine qu'il y a plus original comme compliment, mais j'aime vraiment beaucoup ce que vous faites." PUTAIN, t'es nul, mec, t'aurais pas pu trouver mieux ? Ah, mais, ma remarque la fait rire ! Bon, c'est déjà ça.

Evidemment, je veux davantage que la simple dédicasse. Comme tous ceux qui sont passé avant moi, je demande à être pris en photo avec elle. "Sinon, y aurait moyen d'être pris en photo avec vous ?" Et là, ce fut le début de la fin. Je donne mon appareil au vigile qui prenait les photos (le vigile de tout à l'heure, celui qui a cru que j'étais quinze). Evidemment, j'ai les mains qui tremblent, et celui-ci ne manque pas de se payer ma tête en s'adressant à Olivia. "T'as vu, regarde les ! Ils sont tous paniqué, ils ont les mains qui tremblent ! C'est dingue !" Ce gros con insiste bien en plus. Bref. Je m'installe à côté de l'artiste, prends pose, et attends la venue du flash. Au lieu de ça, l'objectif de mon Casio EX-S500 se rétracte brusquement. "Hein ? Qu'est-ce qui se passe ?" s'étonna ce gros con de vigile. Je me lève et tente de lui expliquer qu'il vient d'appuyer sur le bouton "OFF", alors qu'il aurait bêtement du appuyer sur le déclencheur. Pendant ce temps, Olivia me dit "Bon, pendant que tu lui expliques, je vais faire une pause, je reviens." Bon sang, c'était pas nécessaire quoi, j'en ai eu pour trente secondes... Résultat, je me retrouve tout seul, sur l'estrade, sous les projecteurs, avec tout le monde qui me regarde d'un air inquisiteur. Le genre de trucs qui n'arrivent qu'à moi. En attendant qu'elle revienne, je saisis ma chance de me venger du vigile. "Excusez-moi monsieur, tout à l'heure, là, vous avez fait une remarque à propos de mes mains tremblantes..." - "Oui, et bien ?" - "Et bien figurez-vous que j'ai un problème cardiaque qui fait que je tremble en permanence. Donc, c'était peut-être pas très habile de votre part de faire la remarque." Bien évidemment, c'est absolument faux. L'agent de sécurité se confond immédiatement en excuses et rattrapages tous plus piteux les uns que les autres. "Oh.. pardon ! Non mais vous savez, je parle pas spécialement de vous hein, c'est le cas de tout le monde. Certains n'arrivent pas à dominer leurs émotions, c'est pour ça... [...]" Ouai, c'est ça. Cause toujours, la voilà qui revient de toute façon.
Alors que je m'apprête à reprendre place à côté d'Olivia, celle-ci semble m'avoir totalement oublié, et commence déjà à dire "BONJOUR" aux types qui viennent après moi. Outré, je lance un "Hé, et moi ?" des plus ridicules. "Oh, pardon, je t'avais complètement oublié. Bon, allez, on se dépêche hein, parce qu'il se fait tard et que y en a qui attendent." Dit-elle, sans avoir l'air de plaisanter DU TOUT. Mal à l'aise, je me remet en position photogénique, préparant un sourire ravageur quand soudain, *FLASH*, le vigile-con prend déjà la photo, sans crier gare. Je m'y attendais pas, PUTAIN. Du coup, j'avais les yeux fermés, forcément ! Je jette un oeil sur l'écran : la photo est HORRIBLE, je suis DEGOUTÉ ! Vite, je décide de fuir. Je récupère mon disque sur la table, le met dans mon sac, et lance un "Au revoir !" à Olivia Ruiz. Celle-ci ne manquera pas de m'envoyer un gros vent, en répondant pour la deuxième fois par un "BONJOUR !" aux types de derrière moi, sans même prêter attention à mon départ. LA HAINE.
19h45 : Si c'est comme ça, je me casse. è_é
Pives
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Extraits musicaux