Supposed Former Infatuation Junkie - Alanis Morissette - 1998

1. Front Row
2. Baba
3. Thank U
4. Are You Still Mad
5. Sympathetic Character
6. That I Would Be Good
7. The Couch
8. Can't Not
9. Ur
10. I Was Hoping
11. One
12. Would Not Come
13. Unsent
14. So Pure
15. Joining You
16. Heart Of The House
17. Your Congratulations
Voici l’opus par lequel Alanis Morissette a confirmé son potentiel après le succès phénoménal du fougueux
Jagged Little Pill.
Première constatation : on sent moins de rancoeur, de colère, que dans son précédent effort. La jeune femme ressort d’un voyage en Inde dont l’influence est clairement perceptible. Ressourcée après une tournée mondiale pourtant interminable, elle paraît moins amère, plus spirituelle. Le rythme n’en pâtit pas, bien au contraire même puisque les arrangements et inspirations sont bien plus riches et variés qu’auparavant. Le panorama musical dressé est même plutôt bariolé, allant du pop-rock infusé dans des influences indiennes à la ballade grégorienne en passant par une musique folk délicate, sans oublier le rock urbain lourd et teinté de New Wave.
Disons-le d’emblée : l’album est meilleur que le déifié
JLP. Plus coloré, profond et fignolé. Plus exigeant aussi. Il n’a assurément pas l’évidence de son encombrant prédécesseur et nécessite plusieurs écoutes attentives pour être convenablement perçu. Mais ce que l’on perd en accessibilité, on le gagne en richesse de forme et de contenu. Qu’elle évoque ses tourments, ses désillusions, ses opinions ou bien ses joies, chaque mot prononcé par Alanis est l’authentique reflet d’une émotion, d’un événement personnel ou d’une prise de position. Une véritable liberté artistique émerge ici, ce qui n’était pas forcément évident sur un
JLP plus calibré. L’influence de Glen Ballard se fait ici moins lourde. On perçoit de plus un certain équilibre musical, comme un apaisement. Un écho de l’état d’esprit de l’artiste à l’époque ? Connaissant sa perpétuelle quête de vérité, cela tombe sous le sens. Pour continuer dans le registre des évolutions,
SFIJ suit un cheminement harmonieux, contrairement à son grand frère qui revendiquait un charmant côté désorganisé. Cela faisait certes la force de ce dernier, mais il semble incontestable que l’œuvre que nous avons devant nous aujourd’hui soit le fruit d’une introspection plus importante. Nous sommes passés de la « simple » expression à la réflexion. Mine de rien, ça change pas mal de choses, à commencer par l’architecture même du disque, qui se veut cohérent de bout en bout. Cela induit de surcroît une véritable progression dans certains titres, comme les musclés
Can’t Not et
Joining You, entre autres. Couplets calmes sur tapis de guitares tout en finesse, montée en puissance durant le pré-refrain (aïe, que ce mot est moche) , décollage juste après, final en apothéose... Enjoy, mon frère.
Mais ne nous emballons pas outre mesure. L’album, s’il réalise une jolie prestation, n’est malheureusement pas exempt de défaut. Pour être franc, 17 pistes c’est un peu long, surtout que l’on constate parfois un certain manque de renouvellement. Cela traîne un peu en longueur, en fait. Idem pour les textes, indubitablement aiguisés mais qui auraient gagné à être plus concis. Alanis a énormément de choses à dire, ce qui est toujours plus intéressant que tous ces artistes qui nous pondent à la chaîne des chansons vides de sens et d’émotion, et nous la louerons volontiers pour cela. Cependant, cette volonté nuit occasionnellement à l’attrait de quelques plages, notamment un
The Couch assez original qui ne méritait pas de mourir asphyxié sous dix tonnes de texte.
On n’en tiendra toutefois pas rigueur à la pétillante Canadienne qui aura eu le mérite de ne pas se plier totalement aux exigences aseptisées du marché. Et il y a toujours cette voix unique. La différence de maîtrise par rapport à la première monture de
JLP est à ce propos assez saisissante. Alanis s’envole littéralement sur les morceaux les plus doux tels que les sobres et sensibles
Are You Still Mad et
That I Would Be Good ainsi que le lyrique
Thank You. Et c’est bien volontiers qu’on décolle avec elle.
Enfin, plus qu’une preuve du caractère touche-à-tout de notre chevelue préférée,
Your Congratulations constitue un final hors norme : une voix limite céleste, une mélodie subtile marquée au piano, un refrain enivrant qui s’épanouit dans un écrin de cordes... Somptueux.
On se quittera donc en très bons termes avec A. Morissette, les quelques errements constatables étant bien vite balayés par un métissage musical séduisant et une interprétation ensorcelante.
Kiwi