Room On Fire - The Strokes - 2003

1. What Ever Happened ?
2. Reptilla
3. Automatic Shop
4. 12:51
5. You Talk Way Too Much
6. Between Love & Hate
7. Meet Me In The Bathroom
8. Under Control
9. The Way It Is
10. The End Has No End
11. I Can't Win
C’est avec un plaisir non dissimulé que je poursuis ma petite ballade dans l’univers des Strokes, prolifique quintet principalement issu de la jeunesse dorée new-yorkaise. La pochette, toute en rouge sang et codes guerriers, annonce la couleur : les dandies faussement destroy de Big Apple, irrités par une relève (Franz Ferdinand, Killers et consort) dont ils sont autant les géniteurs que les premières victimes, veulent reconquérir leur trône. Et ça va saigner.
Lancé en 2003, ce nouvel effort se veut dans la veine directe du premier. Etant donné que l’on ne change pas une équipe qui gagne, on retrouve donc Julian Casablancas au songwriting ainsi que Gordon Michael à la production. Je vous vois râler d’avance. Aurait-on droit à une « simple » suite à l’impétueux
Is This It ? Ce n’est pas totalement faux mais connaissant la qualité du grand frère, on serait gonflé de s’en plaindre.
C’est donc reparti pour un revival rock 70’s toujours aussi dense, hardi et aphrodisiaque. Les hostilités commencent avec le métronomique et rentre-dedans
What Ever Happened ?, façonné à coups de guitares stridentes et frivoles. Une brillante accroche. Suit l’inespéré
Reptilia, prodige qui alterne avec brio couplets incisifs, lignes de guitares haletantes et refrain guerrier vociféré par un Julian en grande forme. C’est à bouffer ses chaussettes, je vous l’assure. Et comment ne pas citer le plus léger
Automatic Stop ? On est complètement happé par cette petite mélodie soutenue par une basse chaleureuse. Autre réjouissance, l’immédiat
The Way It Is qui fait pour sa part dans l’apologie des sons électriques tendance vintage. Très élégant et fort bien amené.
Casablancas assure niveau chant. Qu’il murmure, gémisse ou gueule comme un dingue dans son micro (avec la saturation qui va bien), c’est constamment avec un putain de mélange d’aisance et de désinvolture, genre « sans les mains ». Sale gosse ! Le Lead Vocal à l’éternel regard hagard confère tout son flegme au moelleux
Under Control à peine ânonné par des cordes entêtantes. Sa valeur ajoutée est tout aussi flagrante sur le tubesque
Love And Hate, piste qui met en exergue une mélancolie toute urbaine via des plans de grattes habiles, une basse ténébreuse et un chant accusateur.
S’il demeure globalement fidèle à son statut de
Is This It ? Vol. 2,
Room On Fire ne fait pas uniquement dans la (chouette) redite. L’auditeur fidèle sera d’abord surpris par les sons typés claviers rétro d’un
12:51 au son très strokien mais customisé à la sauce 80’s, avec voix voilée et tempo transpirant l’urgence à la clef. Il aimera aussi
The End Has No End, attrayante ritournelle singulièrement pop et classieuse. Voilà typiquement le genre de chanson qui ne paie pas de mine mais qui vous fait taper du pied comme un con pendant trois minutes. C’est dans ce genre de moment que l’on prend pleinement conscience du talent de songwriter du leader du groupe. Succulent.
Les Strokes nous refont donc le coup du rush énorme vers des plaisirs rock simples, authentiques, savamment datés et rythmiques. L’ombre de
Television et son Marquee Moon n’est encore une fois pas très loin. On a vu pire comme référence. Les mélomanes exigeants pourront bien sûr pointer du doigt une certaine absence de prise de risque, chose qu’on ne leur reprochera pas. Reconnaissons toutefois que maintenir aussi brillamment le cap après un premier disque renversant constitue déjà une excellente performance.
Room… est un disque rock sanguin, raffiné et indémodable qu’on écoutera encore avec plaisir dans dix ans. Et là, la messe est dite.
Kiwi