American Life - Madonna - 2003

1. American Life
2. Hollywood
3. I'm so Stupid
4. Love Profusion
5. Nobody knows Me
6. Nothing Fails
7. Intervention
8. X-Static Process
9. Mother & Father
10. Die Another Day
11. Easy Ride
Panorama
Peut-être l’un des albums les plus décriés de Madonna, l’artiste qui a toujours su capter l'air du temps en surfant sur les mouvements musicaux à la mode. Ses collaborations avec Mirwais et Stuart Price sont d’ailleurs de parfaits exemples de ce désir de "re-invention" palpable sur chacun de ses disques.
Bien que le fruit de son association avec Mirwais fut mitigé sur
Music (disque intéressant, mais souffrant d’un manque cruel de cohérence),
American Life se révèle très abouti. Le contact des univers respectifs de ces deux fortes personnalités se fait moins épidermique, leur permettant d'entrer littéralement en symbiose. Cela n'était pas le cas sur
Music, où l'expérience s'était faite à tâtons. Voicoder, guitare sèche, violons... Le duo ose ce curieux mélange des genres et fait preuve d’un sacré sens de la mélodie. Les mélodies, parlons-en. Celles-ci adoptent dans l’ensemble un ton intimiste relativement singulier, soutenant de fort belle manière des textes plus sombres qu’à l’accoutumée. On y découvre une Madonna profonde, ruminant sur les travers de la culture dont elle est issue et ses futiles privilèges. Visiblement enthousiasmée par le projet, elle retrouve la pêche qu'elle avait sur certains de ses anciens morceaux (comme
Into the Groove...) et nous berce de sa voie juvénile tout au long d'un opus qui fleure bon le travail peaufiné. Certaines ballades nous rappellent, si besoin était, l’incroyable aisance dont elle fait preuve dans le registre de l’émotion.
Mais un nouveau Madonna ne serait rien sans un petit scandale...
Il faut reconnaître que la Madonne se fait aujourd'hui bien moins provocante que par le passé, du moins sexuellement parlant. Même si la tendance semble s’inverser avec ses récentes prestations en petite culotte rose (
Confessions On A Dancefloor powa), on reste bien loin de sa période
Erotica. Mais on n’abandonne pas pour autant de vieilles habitudes, et même si ce coup-ci la provocation joue dans un tout autre style que la masturbation en porte jarretelles, elle demeure bien présente en se voulant politique. En effet, Madonna se permet de critiquer (assez finement, d'ailleurs, même si au final elle n'invente rien) le rêve américain et ses chimères alors qu'elle-même est un illustre modèle de "
self made women". Ce qui est assez gonflé, vous en conviendrez.
Zoom
American Life : Le premier single extrait de l'album. C'est sur celui-ci que s'est concentrée la polémique. Devant le tollé provoqué par la première version du clip (satire particulièrement violente de la politique de Georges W. Bush et plus particulièrement de l'enlisement de la guerre en Irak), Madonna a fait produire à la hâte une seconde mouture, bien moins subversive. Quant au morceau en lui-même, il se distingue pas des paroles plutôt acides envers le fameux rêve américain, ainsi que par une mélodie et un refrain imparables. À noter que la Ciccone étonne une fois de plus en s'essayant sur ce morceau à un rap des plus sympathiques, très typé 80's.
Hollywood : Second single très groovy, et accessoirement la chanson de l'album qui a le plus tourné sur les ondes. Ce morceau, qui se caractérise par sa grande fraîcheur, son dynamisme et son audace musicale, est l'occasion pour Madonna de fustiger la culture du paraître et du futile qui a cours dans notre monde moderne.
I'm so stupid : Le single manqué de l'album. Particulièrement accrocheur et articulé autour de l'utilisation du voicoder, il propose des effets très intéressants et atypiques.
Love Profusion : Cinquième extrait du disque, et l'un de ceux qui ont eu le plus de succès. Petite ballade disco-électro-pop (oui, tout ça à la fois) démoniaque d'efficacité.
Nobody knows Me : Morceau plutôt expérimental, très typé électro. Le syndrôme Music (comprendre : voix hachée menu au voicoder) refait surface. Malgré le fait qu'il ait cartonné en boîte aux USA, il ne plaira pas à tout le monde, c'est certain. Un titre qui ne se laisse pas apprivoiser dès la première écoute, mais qui jouit d’une vraie personnalité.
Nothing Fails : Ce troisième extrait est une composition particulièrement réussie, une somptueuse ballade acoustique où la voix de Madonna s'accorde à merveille avec la mélodie distillée par une guitare. La fin du morceau est transfigurée par la présence d'un choeur gospel.
Intervention : Titre sympa, efficace, mais finalement assez passe-partout. Le refrain, qui permet d’apprécier la pureté du timbre de l’artiste, le sauve malgré tout aisément de l’oubli.
X-Static Process : Cette piste plutôt audacieuse désarçonne au premier abord. Elle démarre comme une ballade élégante, mais somme toute classique. Par la suite, dès le refrain, un canon élaboré à partir d’une superposition de prises de voix de la Madone crée un effet franchement inattendu, et plaisant. Peut-être la chanson qui met le pkus en valeur le grain de voix de l’artiste. Elle nous rappelle qu’une fois qu’on ne la désosse pas sa voix à l’ordinateur, Miss Ciccone sait chanter, et très bien.
Mother and Father : Une de ces chansons qui s'impriment dans votre cerveau et ne veulent plus en ressortir. Madonna y retrouve un timbre très juvénile tout en se livrant au travers d'un texte étonnamment personnel, qui traite des blessures de son enfance. Cette profondeur du texte tranche avec la mélodie plutôt enjouée. Ce titre jouit d'un vrai potentiel. Peut-être que pour la sortie d'un éventuel live de la tournée
Re invention Tour...
Die Another Day : Titre électro pur jus on ne peut plus surprenant (surtout pour une Bande Originale d’un 007 ^_^), détonnant, additif. Pas d'autre mot. Encore une fois, très expérimental. Plus on écoute, plus on apprécie.
Easy Ride : Peut-être LE morceau de l’album. Coup de bol, c’est aussi le dernier. Par sa progression nette et cohérente, ce morceau au tempo assez lent mais maîtrisé transporte littéralement l’auditeur. La présence de cordes ne fait que renforcer sa puissance. Voilà qui clôt brillamment l'album.
Au final, un disque personnel et travaillé qui, en alliant avec bonheur le fond et la forme, compte parmi les meilleurs que nous ait offerts l'artiste. Théâtre d’une introspection plutôt inattendue,
American Life charme par la perspicacité de son propos et la force de ses mélodies. Le tout porté par le charisme et la voix étonnamment maîtrisée d’une Madonna qu’on n’imaginait pas si tourmentée. C’est, si j’ose dire, son album Folk.
Kiwi