
Autant être franc, je n’ai pas accroché tout de suite à
Kingdom Hearts : Chain Of Memories. Ayant téléchargé la ROM (bouh, pas bien) histoire de me forger une opinion, je n’avais pas su l’apprécier à sa juste valeur. La faute probablement à une jouabilité clavier qui, en sus de ne m’être guère familière, ne convient pas vraiment à ce type de soft. Le système de combat m’avait paru fort brouillon, l’aventure répétitive... L’expérience avait par conséquent tourné court.
Depuis, j’ai récupéré la GBA d’un pote pour une bouchée de pain et ô surprise, ce jeu figurait dans la liste des titres que ce dernier m’a cédés (avec Advance War I et II, excellents au passage, mais là n’est pas le sujet). J’ai donc décidé de recommencer une partie, espérant ainsi voir cette nouvelle collaboration Square Enix/Disney d’un oeil neuf.
Et ce fut le cas. Le « vrai » jeu est en effet bien plus agréable à prendre en main sur GBA que sur un pauvre émulateur, ce qui m’a rendu bien plus réceptif à la richesse d’un système de combat surfant sur la mode des CARD RPG. Celui-ci, en plus d’être fun, regorge de nombreuses finesses. Si j’ai de tout d’abord été sceptique quand à la pertinence d’une telle orientation, j’ai bien vite ravalé mes préjugés, tant ce système retranscrit à merveille la nervosité des joutes de l’opus Playstation 2. Tentons de le décrire simplement.(ndPives : Bon courage...expliquer un card battle system n'est jamais facile... d'ailleurs, si quelqu'un se sent le courage de faire un test de Baten Kaitos... oui, The Groin, tu peux te sentir visé)
Chaque coup, sort, objet ou invocation correspond à une carte bien précise, dont la valeur oscille entre 0 et 9. Cette numérotation n’est pas anodine : elle joue un grand rôle lors des Card Break. Kézako ? Un Card Break est une technique qui vous permet, via l’utilisation d’une carte de valeur supérieure à celle de votre adversaire, de déjouer son attaque et donc de casser sa garde. Ainsi, si la carte de votre opposant vaut ß, la(les) votre(s) de niveau équivalent ou supérieur à ß la cassera(ont) sans problème. A vous dès lors de saisir l’occasion et de prendre l’avantage. Pratique, vous en conviendrez. Si on ne prête guère attention à cette notion en début de partie, elle devient par la suite fondamentale pour qui espère terminer l’aventure sans trop de crises de nerf.

Cloud vous prêtera main forte.
L’objectif principal reste de constituer son deck à partir des dites cartes. Evidemment, vous n’êtes pas totalement libres et devez vous astreindre à quelques règles. Chaque carte, en fonction de son type et de sa puissance, vous coûtera un nombre de Points de Capacité bien défini. De même, votre jeu sera également soumis à un seuil limité de PC (évolutif par la suite) et ne pourra par conséquent pas accueillir toutes les cartes présentes dans votre inventaire... Partant de ce constat, des choix stratégiques s’imposent. A vous de choisir avec discernement vos cards, en fonction de leur coût et des interactions qui existent entre elles... Car des combos sont bel et bien possibles. Limitées à trois cartes, leurs effets varieront en fonction de la valeur totale de la triplette et surtout de sa composition.(ndPives : Poil au front. Oui, c'est totalement gratuit.)
Par exemple, trois cartes « Brasier » donneront un sort Brasier X, une carte « Stop » alliée à deux cartes « Keyblade » un « Estoc Stop »...
Notons que vos alliés potentiels apparaîtront aléatoirement au cours des batailles, également sous forme de cartes.
Au final, un système très riche.

Répartissez vos xp entre trois caractéristiques
L’évolution au sein des différents mondes est elle aussi assez surprenante. Si la trame principale du jeu tourne autour des souvenirs de Sora et que par conséquent vous serez invités à revisiter la majorité des destinations de KH premier du nom, ne vous attendez pas pour autant à une progression classique. En effet, au lieu de nous resservir des niveaux identiques à ceux du premier épisode, ce qui n’aurait d’ailleurs eu aucun intérêt, Square Enix nous propose un système de progression tout à fait original, encore une fois basé sur les cartes. Explication. Chaque niveau est divisé en un nombre bien déterminé de pièces, qu’il vous faudra créer au fur et à mesure à l’aide des précieux items glanés à la sueur de votre front lors des combats. Oui vous avez bien lu, je n’ai pas employé le terme « déverrouiller » ou « ouvrir », mais « créer ». Selon la carte utilisée pour activer la porte, le lieu généré sera différent : un pièce remplie de Heartless à châtier, une salle Mog dédiée à l’achat de cartes, un havre de paix réservé aux sauvegardes... Les possibilités sont encore une fois multiples.

C’est vous qui créez les salles

Les salles marquées d’un point
d’exclamation renferment des « Events ».
Ce système présente des avantages certains, comme une originalité, une sensation de liberté (ou tout du moins de linéarité non abusive) et un aspect tactique indéniables, mais aussi un défaut rédhibitoire : les niveaux finissent tous par avoir un goût de déjà-vu, l’architecture des pièces ne variant que peu selon les univers... Seuls les décors changent un chouïa.
Cela nous amène au point tuant du jeu : la réalisation. Celle-ci écrase sans problème tout ce qui a été vu sur GBA. Les sprites sont énormes, fins et on ne peut plus détaillés, l’animation d’une fluidité édifiante, les décors superbement travaillés (sans en être la copie conforme, ils restituent à merveille l’ambiance des mondes de
KH). Bref, la console tourne à plein régime et se paie le luxe de nous impressionner avec ses cinématiques dignes d’une séquence en 3D temps réel sur Playstation 2.

Les fameuses cinématiques. Bluffant.

Certains bosses sont hallucinants.
Les musiques sont elles aussi des références du genre. Les compositions, d’une grande qualité générale, ne pâtissent pas du processeur sonore un brin limite de la GBA et cadrent parfaitement avec les contrées que vous traverserez.
Le point qui m’a le moins emballé, outre la redondance de l’action, est la légèreté du scénario. S’il repose sur une base intéressante – voir notre team devenir peu à peu amnésique jusqu’à en oublier des choses essentielles est une sensation assez tripante -, il pêche par son manque de rythme et de profondeur. S’il a le mérite de faire la jonction entre
KH I et
KH II, le joueur n’aura que peu de révélations croustillantes à se mettre sous la dent, le nombre d’événements restant somme toute limité.
Conclusion --- 7,5/10
Ce
Kingdom Hearts : Chain Of Memories se révèle être un jeu étonnant mais qui souffre de quelques défauts gênants, comme sa répétitivité notoire ou sa relative faiblesse scénaristique. Ces erreurs de jeunesse sont néanmoins aisément compensées par moult idées novatrices, une réalisation en béton armé et une durée de vie tout à fait honnête.
Et hop, un joli petit 7,5/10 pour cet essai sur GBA non exempt de défauts mais qui a le mérite d’apporter un peu de fraîcheur au petit monde du A-RPG.
Kiwi