
Version testée : US
Rédiger un test sur Shadow of the Colossus n'est pas chose facile, et devoir mettre des mots sur un chef d'oeuvre comme celui-ci me fait me sentir comme un simple vulgarisateur. De la même manière qu'expliquer la poésie, c'est tuer la poésie, les lignes qui vont suivre ne sauront rendre toute la grandeur et la magnificence de ce jeu. Shadow of the Colossus ne s'explique pas, il se vit, il s'éprouve. Une expérience dont je ne me remettrai pas de si tôt.
Une poésie vidéoludique
Je suppose qu'il serait presque insultant de vous rappeler en détail ce qu'était l'extraordinaire
ICO, sortit en 2001 du génial cerveau de Fumito Ueda. Pour les deux du fond qui n'ont rien suivi,
voici un petit rappel des faits. Quatre ans plus tard, Ueda reprend les grands principes de son jeu concept afin de mettre au monde son nouveau bijou : Shadow of the Colossus. Les directeurs artistiques de ce dernier sont les mêmes que ceux d'ICO, et ça se voit. On y retrouve en effet avec plaisir le même genre de paysages gigantesques et merveilleux que vous parcourerez tout au long de votre périple. On peut d'ailleurs supposer qu'avec ces deux jeux est en train de mettre en place tout un univers avec des codes, des langages, une histoire et des mythes qui lui sont propres, et que l'on espère retrouver un jour dans une éventuelle suite, le tout composant ainsi une énorme fresque vidéoludique. Mais ne nous emballons pas. En attendant, je me permet de constater avec plaisir qu'avec des titres de cette trempe, le jeu vidéo se démarque de plus en plus comme un art à part entière, au même titre que le cinéma où la musique, en espérant qu'un jour le grand public le reconnaisse à sa juste valeur.
Tout comme son grand frère ICO, Shadow of the Colossus n'est pas un jeu d'action comme les autres (est-il seulement un jeu d'action ?). Ici, point de fonce-dans-le-tas, et les grands adeptes de la méthode dite du "











" pourront se rhabiller. (C'est à ce moment précis que le lecteur perspicace, enrichi de tout ce qu'il a pu entendre sur SotC, et ayant vu la jaquette en tête de page doit se demander comment il est possible de combattre de tels monstres sans bourriner, et en "poésie". Un peu de patience, j'y viens, mais avant, un petit mot sur l'histoire.)

Des paysages magnifiques
Une invitation au rêve
L'histoire de Shadow of the Colossus n'est pas ou peu développée dans le jeu lui même, et c'est paradoxalement un des éléments les plus fascinants du jeu. Vous commencez le jeu dans la peau de Wander, un mystérieux jeune homme dont on ne sait presque rien. Ce dernier se rend dans un temple au centre d’une terre éloignée de toute civilisation, et dépose sur l’autel de celui-ci le corps de la jeune fille qu’il tenait dans les bras. Quels sont les liens entre ces deux personnages ? Si leur relation semble assez évidente, rien n’est explicite et le jeu vous pousse à faire travailler votre imaginaire pour combler les manques éventuels. C’est un exemple simple, mais ceci est valable du début à la fin (surtout à la fin d’ailleurs). C’est un peu le procédé inverse de celui d’un livre. Les romans vous exposent une trame scénaristique, développent les liens entre les personnages, leur passé, leurs expériences. Shadow of the Colossus quant à lui ne vous montre que les faits, et leur mise en scène. C’est à vous d’en faire ce que vous voulez. J’entend déjà les sarcasmes de certains qui prendront tout ceci pour une flemme des scénaristes. Je dis non. Cette simplicité dans la narration et l’absence d’éléments crée une ambiance onirique des plus géniales. Mais revenons au scénario : après avoir déposé la jeune fille sur l'autel (pas pour la sacrifier, donc, puisqu'elle est déjà morte...), Wander entends une voix venant des hauteurs du temple. Il s'agit de Dormin, qu'on suppose être une sorte de divinité, qui vous annonce que pour réssusciter sa bien aimée, Wander devra débusquer et abattre les 16 colosses qui parcourent cette terre.

Le meilleur combat du jeu, si vous voulez mon avis
Le gameplay, où comment gâcher un chef d'oeuvre
La perfection n'existe pas, et Shadow of the Colossus en est une preuve supplémentaire. Dommage, parce qu'on était vraiment pas loin.
S'agissant du concept même du jeu, l'idée est vraiment excellente. Contrairement à un jeu traditionnel, celui qui retien notre attention dans ce test ne comporte pas de "niveaux" à franchir les uns après les autres. Il y a juste 16 ennemis à abattre. C'est aussi "simple" que ça. Seulement voilà, vos ennemis sont tellement énormes, tellement "colossaux" (:x) (imaginez vous battre contre un immeuble de 30 étages), qu'ils constituent à eux mêmes des niveaux, en quelque sorte. Certes, il vous faudra auparavant traverser des kilomètres avant de parvenir à vos proies, mais ces escapades ne constituent pas le plus gros du challenge, loin de là.
Le point noir du jeu réside dans son gameplay, c'est à dire dans la manière dont vous pourrez exécuter les actions, la manette en main. On distingue deux phases différentes : la phase à pied, qui ne pose pas de gros problèmes, et la phase en canasson. Et là, c'est une autre paire de manches. Problème de directions, mauvaise réponse aux commandes, gros problèmes de caméras (l'esthétisme de la prise de vue est favorisée au dépends du gameplay ! Impensable !) sont monnaie courante. C'est très dommage ! On retiendra cependant quelques bonnes idées des concepteurs, dont l'intention était de rendre leur jeu le plus immersif au possible. Par exemple, pour diriger Agro (le cheval), les mouvements que vous effectuerez avec le stick analogique sont l'exacte transcription de ceux que vous feriez les rennes en main ! (Par exemple, pour tourner à droite, il faudra tirer à droite, et ce, quelque soit la direction dans laquelle est tournée votre cheval). De même, la touche R1 servant à s'agriper à la fourrure des colosses, la position de la main devient alors à peu de choses près telle qu'elle serait si vous vous aggripiez vraiment au colosse !
Bref, dans l'ensemble, tous ces défauts ne sont pas insurmontables, mais le temps d'adaptation nécessaire est quelque peu rebutant.

Un maître mot : gigantisme
Magnifique, tout simplement
S'il est un point sur lequel Shadow of the Colossus est irréprochable, c'est bien son esthétisme. Du point de vue purement technique, ça casse pas des briques, mais c'est tout de même très honnête. La modélisation est, disons, correcte, mais elle est sublimée par une animation au poil. C'est bien simple, les personnages sont VIVANTS. Pour s'apercevoir de la qualité de la chose, il suffit de comparer Agro à Epona (de Zelda Ocarina Of Time). La différence est flagrante. D'autre part, grâce à un malin subterfuge que je ne saurais vous expliquer (mais dont on se rends parfaitement compte dans le jeu), les développeurs ont su rendre la distance d'affichage quasi illimitée. L'immersion s'en trouve décuplée. Seul un aliasing beaucoup trop prononcé vient ternir le tableau.
Enfin, toutes ces qualités techniques ne vaudraient rien si elles ne rendaient pas aussi bien l'exceptionnelle ambiance du jeu, notamment grace à un léger effet de blur (sorte de flou), on ne peut plus efficace.
Un dernier mot à propos de la musique, tout simplement géniale, notamment lors des affontements contre les colosses. Elle est l'un des éléments (voire l'élément majeur) qui vous fera ressentir cette excitation indescriptible au moment où vous partirez à l'assaut de ces montagnes sur pattes. Tantôt épique, tantôt lyrique, souvent magique, elle est l'une des clés de la réussite du jeu.

*_____*
Conclusion --- 8/10
Shadow of the Colossus est bien le chef d'oeuvre qu'on attendait du créateur d'Ico. Mieux encore, il transcende son aîné en proposant un concept novateur et efficace. Bref, jetez-vous dessus. A noter que la version européenne sortira dans un manifique boîtier cartonné, accompagnée d'un set d'images exclusives. Pour une fois que la chance sourit aux européens, ne la gâchez pas ;)
Pives